Note du webmaster, en juin 2007: attention, ayant quitt? le Nella's, je ne peux plus vous garantir que vous y serez re?us avec la m?me attention et avec la m?me qualit? de service qu'auparavant. Merci d'en tenir compte lors de votre prochain passage ? Mindelo.
Parce que je n'en ai malheureusement pas le temps, je ne peux h?las pas vous dire ce qui se passe r?guli?rement au Nella's, ni vous parler de son ambiance si particuli?re, du bien-?tre que me procurent quelques rencontres ou moments sortant de l'ordinaire.
Certains soirs, le Nella's est un restaurant classique, on y vient pour diner (bien, j'esp?re), mais comme ?a ne peut pas non plus ?tre magique tous les jours, ?a n'est qu'un restaurant. Et je prie celles et ceux qui le fr?quentent ces jours-l? de m'en excuser. D'ailleurs, parfois, ce serait presque de leur faute si l'ambiance n'est pas au rendez-vous.
Mais il y a d'autres soir?es o? le Nella's devient le centre du monde, o? il aspire tout ce qui passe ? c?t?, tel un cyclone: les musiciens en goguette qui s'invitent pour pr?ter main forte ? ceux qui sont programm?s, les amis de la maison, les clients qui ont fait plusieurs milliers de kilom?tres pour s'amuser et pour s'ouvrir les oreilles.
Et comme je l'ai dit, j'ai rarement le temps d'en parler ici, en parfaite syntonie avec ce manque de narcissisme qui me vaudrait les foudres d'un quelconque conseiller en marketing. Passer sous silence la gentillesse de ces musiciens comme Vadu, Tcheka ou d'autres plus anonymes qui sont venus jouer juste parce qu'ils passaient par l? et que l'endroit et l'atmosph?re leur plaisaient, c'est anti-commercial. Bref. Je ne me referai pas.
Mais aujourd'hui, c'est sp?cial, je vais faire l'effort de prendre le temps pour remercier... Pour remercier celles et ceux qui sont parties trop t?t hier soir, au lieu de rester un peu. Je ne me moque pas: les moments que nous avons v?cus, nous qui sommes rest?s jusqu'apr?s minuit, ces moments ne furent possibles que dans l'intimit? de la petite salle du Nella's, avec peu de monde. Peu de tympans ? titiller, mais ils ?taient tous respectueux et attentifs.
Il le fallait: Malaquias jouait en compagnie de deux guitares et d'un cavaquinho. J'avais envie de d'ajouter "comme d'habitude", mais avec Malaquias, c'est assez difficile de parler d'habitude. Je ne le connais pas depuis assez longtemps pour oser dire qu'il devient plus impr?visible encore chaque fois qu'il souffle une bougie (83, le bougre). En tous les cas, une chose est s?re, il ne s'est pas assagi, l'animal a encore faim. Mais il y a des soirs o? il est plus cabot que les autres, o? il n'a pas envie de s'arr?ter, o? un grogue suppl?mentaire le fera basculer du c?t? du diable et o? ses pieds mart?leront impitoyablement le plancher - et accessoirement le plafond du Caf? Lisboa, dont le Nella's a une fois d?j? financ? la r?novation, main d'oeuvre comprise. Ne jamais se f?cher avec ses voisins, m?me quand on pactise avec le diable.
C'?tait un de ces soirs hier. Les habitu?s et les esprits aiguis?s savaient que ?a ne serait pas simple, et qu'on ne s'en tirerait pas ? si bon compte.
J'ai parl? de "pr?ter main forte" et j'ai fait mention du diable. C'est ce qui s'est pass?, avec l'intrusion inopin?e mais pertinente de Philippe, un clarinettiste savoyard amateur de Luis Morais. Il ?tait d?j? venu surprendre Ninaje et les autres groupes jouant au Nella's la semaine derni?re, mais la rencontre d'hier fit des ?tincelles.
C'est pendant l'interpr?tation manouchisante de "Sangue de Beirona" que Jorge Humberto et Cachimbo ont grimp? le redoutable escalier, celui qui emp?che les sceptiques de redescendre. Quand on gravit ces quelques marches en temps normal, il est d?j? difficile de reculer; ?a devient impossible quand on entend un clarinettiste et un violoniste partir en vrille dans un affrontement tellurique.
Apr?s ce combat qui a vu les adversaires heureux et qui a flanqu? l'assistance par terre, il fallait calmer le jeu. Les musiciens ont d?cid? de faire une pause technique, le temps de nous laisser reprendre nos esprits. Cause perdue. Les deux musiciens grimpeurs ont chip? les guitares, bient?t rejoint par un cavaquinho gourmand, avec un clarinettiste rest? dans les parages.
Ceux qui connaissent un peu "Mindelo Infos" savent l'affection que j'ai pour Jorge Humberto, il a ?t? le premier musicien que j'ai connu ici ? Mindelo, le premier avec qui j'ai ?chang? mes premiers mots en cr?ole et lui ses souvenirs des cours de fran?ais suivis ? l'?cole.
Ce que je n'ai jamais racont?, c'est qu'? l'occasion d'un retour en France, je lui avais demand? ce qu'il voulait que je lui ram?ne. Apr?s un d?lai de r?flexion de 24 heures, il m'avait appel? pour m'expliquer assez solennellement, chez lui, que, d'accord, il pouvait avoir besoin de mat?riel pour s'enregistrer, mais que ?a n'?tait pas ?a qu'il voulait. Un enregistreur ne changerait pas sa vie. Ce dont il avait besoin, c'?tait que je lui trouve un producteur qui serait int?ress? par sa musique. Je ne rentre pas dans les d?tails, mais vous le savez d?j?, je ne lui ai pas trouv? de producteur, je n'ai pas r?ussi, je le lui ai annonc? ? mon retour, et j'en ?tais triste. Apr?s quoi il est reparti au Portugal et nous nous sommes perdus de vue, jusqu'? l'?t? dernier, o? il a fallu que je lui rappelle notre petite histoire commune - je le dis pour ne pas vous laisser croire que je suis l'ami des stars, ?a n'est pas mon genre.
Cette longue digression pour insister sur le fait que j'aime le bonhomme et que ses musiques me sont devenues indispensables. Et aussi pour raconter combien j'avais ?t? heureux d'apprendre que Morabeza Records allait produire son nouveau disque "Identidade", un nom si bien choisi, tant Jorge Humberto repr?sente "quelque chose" qui a "quelque chose" ? voir avec l'identit? capverdienne. Aujourd'hui, je ne sais pas ce que Morabeza fera de Jorge Humberto, le nouvel album est repouss? ? ce qui pourrait ressembler ? des calendes grecques, ce qui serait un g?chis monstrueux, quasi un crime contre la culture capverdienne. Loin des arrangements ? la guimauve qu'on nous ass?ne sur d'autres disques sirupeux b?n?ficiant d'une bien meilleure promotion, "Identidade" est une perle d'une puret? rare, sans flonflon, sans gloriole. Je le dis en plaisantant, mais c'est presque vrai: si vous n'avez pas encore achet? cet album, je ne sais pas bien ce que vous faites sur ce site. Ok, je plaisante, restez, je n'ai pas fini.
On en ?tait rest?s ? ce duo Cachimbo-Humberto, vite rejoint par le cavaquinho. Pendant que je me vautrais dans mes explications, ils s'amusaient, en improvisant sur des airs connus et en invitant le fondu de la clarinette (fondu, savoyard, tout ?a, on rigole bien hein?).
Pardonnez-moi ce lieu commun, mais ce fut divin. Je crois vous avoir d?j? dit que le CD de Jorge Humberto est magnifique (oui? je vous l'ai dit?), mais ?couter Humberto jouer et chanter en accoustique, c'est une merveille. Quelques jours plus t?t, je m'?tais ruin? pour aller l'?couter jouer en formation ?lectrique avec un assez mauvais son, des bruits blancs dans les haut-parleurs et des mauvais contacts dans les c?bles. Ca n'est pas pour me vanter - puisque je n'y suis de toutes fa?ons pour rien -, mais les petites impros au Nella's valaient mille fois ce spectacle VIPog?ne.
Il fallait voir Jorge Humberto radieux hier, ne pas pouvoir se retenir de sourire en jouant et ne pas pouvoir s'emp?cher de l?cher "? t?o sabe!" ("c'est tellement bon!") en ?coutant la clarinette improviser sur l'un de ses morceaux. Il fallait entendre Cachimbo donner la r?plique, en fran?ais dans le texte, ? Philippe sur le bossa-jazzy "les feuilles mortes" de Pr?vert et Kosma.
Hier soir, Jorge Humberto fut cern? par le jazz (Nougaro aurait pu r??crire "le jazz et la morna"), avec Cachimbo ? la guitare et Philippe ? la clarinette. Trois mois apr?s le concert des fr?res gitans Ferr?, Django ?tait de retour ? Mindelo, au premier ?tage, sur la "rua de Lisboa". On n'avait pas entendu telle clarinette depuis six ans, quand Pascal le celto-landais (du groupe Saxidromus) ?tait venu d?couvrir l'archipel entre deux escapades cubanophiles.
C'est f?brile que j'ai commenc? ? parler d'une nouvelle rencontre, la semaine prochaine, en esp?rant que Philippe abr?gera son s?jour sur Santo Ant?o pour venir une nouvelle fois rafra?chir l'air sulfureux du Nella's en compagnie du po?te de Mindelo. Je le dis ? celles et ceux qui s'attendent ? revoir la m?me chose: ?a va ?tre difficile.
Il ne fallait pas partir si t?t hier soir...
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